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Nous vous présentons Eve, qui est membre de Loisirs Numériques. Elle s’est prêtée au jeu des questions/réponses, avec enthousiasme, à l’occasion du Mois des Joueuses. Merci à elle ! 🙂

Bonjour Eve, peux-tu te présenter rapidement ?

Bonjour ! Je m’appelle Eve Ben-Haïm et j’ai 25 ans. Je travaille à Ubisoft depuis deux ans et demi, en tant qu’Inspirational Content Advisor. Cela signifie que j’apporte mon soutien aux équipes de production sur toutes les questions de sciences humaines et naturelles qui se posent dans la fabrication de leurs mondes et de leurs histoires.

Ces questions peuvent aller de l’histoire à la sociologie, en passant par la géographie, les sciences militaires… Nous les aidons à comprendre les enjeux majeurs autour du contexte spatio-temporel de leur jeu, quelles en sont les plus grandes figures et les plus insolites personnages, quels éléments architecturels caractérisent telle ou telle région, quels genres d’armes, de véhicules, d’environnements, de rites, de vêtements pourraient rencontrer les joueur-euse-s… Et plus encore ! Nous écrivons des articles synthétiques sur de nombreux sujets, des plus vastes aux plus précis, et nous nous tenons à leur disposition pour rentrer dans le détail avec eux au cours de discussions ou d’ateliers. Nous animons également un réseau d’experts qui peuvent intervenir auprès des équipes pour les épauler sur leurs domaines de spécialités.

A titre personnel, j’ai suivi des études de géographie. J’ai passé ma Licence de géographie et aménagement entre l’Université Paris-Sorbonne et de nombreux projets de terrain, du pôle Nord au Sahara. Je me suis spécialisée dans le cadre de mon Master, « géographie : culture, politique, patrimoine » … à regret, car je suis intéressée par la grande variété des sujets qui composent la géographie, de la climatologie à la gestion des risques, sans oublier la cartographie et la photo-interprétation. Mais bon, il fallait bien se spécialiser !

J’aime tout particulièrement étudier les dynamiques géographiques qui animent les personnes qui peuplent nos espaces de vie : qui s’assoit où et comment en rentrant en salles de réunion ? Quelles stratégies de déplacement vont mettre en place des fêtard-e-s rentrant de soirées ? Comment inciter inconsciemment les piéton-ne-s à traverser au rouge avec vous ? (Ne faites pas ça, c’est dangereux… mais j’ai créé un modèle si jamais cela vous intéresse !).

Pourquoi as-tu décidé de travailler dans le jeu vidéo ?

J’ai toujours été extrêmement passionnée par les jeux vidéo. Je suis née dans un foyer équipé d’une PlayStation 1, et en tant que bébé, je bavais déjà probablement sur les manettes. Mon entrée dans le jeu vidéo a été, pour être sincère, inattendue. Je pensais qu’il fallait nécessairement un profil technique ou avoir étudié dans des écoles dédiées pour pouvoir décrocher un poste dans une entreprise de jeu vidéo.

En voyant l’annonce pour mon poste diffusée sur Twitter, je n’ai pas hésité une seconde : j’étais convaincue d’être un excellent profil pour rejoindre cette équipe, par ma grande passion et mes nombreuses expériences de recherches. En vrai touche-à-tout, j’apprécie plus particulièrement la variété des projets sur lesquels planchent l’équipe. J’en apprends tous les jours grâce à mes collègues de recherche et aux questions (parfois très pointues !) de mes autres collègues, celles et ceux des équipes de productions.

Aujourd’hui, je travaille avec de nombreuses personnes ayant toutes des parcours différents. J’ai réalisé qu’il fallait énormément de profils différents pour pouvoir fabriquer un jeu vidéo en général, ou du moins que de nombreux profils différents peuvent trouver leur place au sein des processus de fabrication des jeux. Je suis comblée de pouvoir m’inscrire dans ces démarches créatives, j’ai sincèrement la chance d’avoir trouvé mon « dream job ».

Dans le milieu professionnel (ou associatif), quels sont les plus grands obstacles que tu as eus à surmonter ?

Nos équipes ont un souci du détail remarquable, et adorent enrichir nos mondes grâce à leurs idées et leur vision créative. Une difficulté que je rencontre parfois, c’est de trouver la bonne réponse face à des questions particulièrement pointues. Parfois, nous travaillons à l’échelle d’un matériau très spécifique, de l’orientation exacte d’un élément, d’une poignée de porte ou d’un personnage inconnu du grand public mais qui aurait vécu une situation très spécifique… Et il n’est pas toujours aisé de trouver une réponse à ces questions ! Cela demande un travail de recherche minutieux. Parfois, j’ai l’impression d’être une « chercheuse de poux », c’est-à-dire que je dois inspecter délicatement mais méthodiquement des archives, livres, articles, thèses, mémoires, documentaires, films et BD en tous genres jusqu’à trouver une toute petite information qui se cache.

Ce travail d’artisanat n’est pas vain : nous concentrer sur ces tâches d’investigation chronophages permet aux équipes de production de continuer à travailler en parallèle. Un rôle stratégique en matière de régulation du volume de travail ! Par ailleurs, quand une jeune étudiante sortant de sa formation en game design rejoint Ubisoft, et que nous lui annonçons « Bon, cela fait un an et demi que tout le monde ici travaille sur les vikings » (par exemple), c’est un soulagement de savoir qu’elle peut bénéficier d’un accompagnement personnalisé sur les questions de sciences humaines et naturelles. Nous pouvons repartir des bases ou bien creuser un sujet, et apporter des éclairages en respectant les rythmes spécifiques de chacun-e dans la production.

Enfin, les joueurs et les joueuses apprécient ce souci du détail. J’apprécie beaucoup échanger avec les passionné-e-s d’histoire et profs qui se plongent dans Assassin’s Creed par exemple, c’est toujours l’occasion de partager des points de vue constructifs sur les liens entre sciences et jeux vidéo. Nous travaillons sur le passé… mais également sur les enjeux du monde contemporain et du futur ! Et c’est aussi l’occasion de discuter avec des personnes passionnantes… et aux hobbies parfois insolites.

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes femmes qui n’osent pas se lancer ?

D’oser, dans un 1er temps !

Plus généralement, la leçon que je retiens de mon propre parcours, c’est que les voies royales ne sont pas obligatoires pour entrer dans le jeu vidéo. Je travaille avec de nombreuses personnes ayant suivi une formation « traditionnelle » en école de jeux vidéo ou d’arts, mais de beaucoup de collègues ont des parcours surprenants, différents, se sont réorienté-e-s aussi.

De nombreuses personnes trouveront de meilleurs conseils que moi pour les femmes qui rêvent de s’engager dans un parcours plus conventionnel, et je les encourage ! J’aimerais simplement rassurer celles qui sont déjà engagées sur d’autres voies, ou qui ont le sentiment de ne pas avoir une place dans cette industrie à cause de leur profil. Il y a énormément de moyens d’entrer dans le jeu vidéo, avec une palette de métiers très larges de la narration aux études marketings en passant par le design, les statistiques, la gestion des budgets, la recherche, les ressources humaines…

Il est aussi possible de se former ! Je ne pourrais pas parler pour toutes les entreprises à ce sujet, mais depuis mon arrivée à Ubisoft, j’ai pu bénéficier de nombreuses formations pour découvrir la pluralité des métiers du jeu vidéo et de leur fonctionnement. J’ai découvert la programmation par exemple au cours d’une journée entière d’introduction à ce domaine. Mes collègues occupant des postes techniques sont toujours ravis d’échanger autour de leur job et de leurs compétences, au cours de discussions informelles ou d’ateliers. Grâce à eux, j’en apprends chaque jour un peu plus autour du game design, du level design… et parfois je m’imagine même en faire mon métier ! Je ne le fais pas car pour le moment, je suis profondément passionnée par mon activité, mais ces évolutions ne sont pas exclues de mes perspectives de carrière. Vous-mêmes pourriez entrer dans le jeu vidéo par une porte, et emprunter des couloirs à partir de là. Ils existent, et même mieux : en essayant, en tâtonnant, vous développez votre versatilité, votre empathie vis-à-vis des travaux des autres, et vous pourrez affiner vos propres goûts en mettant les mains dans le cambouis avant de vous engager sur la voie qui vous enthousiasme le plus ! Let’s gongue !

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[Mois des Joueuses] Eve Ben-Haïm, Inspirational content advisor chez Ubisoft

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