Bounthavy impressionne par sa plume. Rédactrice en chef de Dofus Mag puis d’IG Magazine, auteure du livre Indie Games, elle écrit depuis des années sur notre passion, le jeu vidéo. Préparant une thèse sur Dragon Ball et membre de la commission du Fonds d’aide au Jeu Vidéo, cette femme est pleine de ressource et de surprises.

Bonjour Bounthavy, d’où vient ta passion du jeu vidéo ?
Ça vient du baby-sitting ! Les deux enfants que je gardais avaient Street Fighters 2 et seul le gagnant gardait la manette pour le combat suivant. On a aussi beaucoup joué à Zelda III et passé des heures à explorer Hyrule. Ce n’est que bien plus tard que j’ai pu m’offrir des consoles et des jeux.

Que voulais-tu faire quand tu étais enfant ?
Je n’avais pas d’idée et j’ai malheureusement écouté mes professeurs qui étaient très bien intentionnés mais vraiment pas en lien avec le monde en dehors de l’école. Du coup, j’ai fait une formation littéraire qui ne mène à rien de concret. C’est très bien pour le développement intellectuel mais je me dis souvent que j’aurai dû faire quelque chose de manuel, construire des bâtiments, élever des vaches.

Quel est ton parcours étudiant, quelles formations as-tu suivi ?
J’ai fait des études de Lettres à Paris III.

Pourquoi une thèse sur Dragon Ball ?
Je fais une thèse sur Dragon Ball car c’est le phénomène de société le plus intéressant qui se soit produit dans les dernières années du XXe siècle. Au niveau socio-économique, la série a permis le développement de l’industrie culturelle japonaise en France et la réunion d’enfants et d’adolescents de toutes classes sociales autour d’une même passion. Le récit met également en scène une virilité « traditionnelle » aujourd’hui menacée par les tenants d’un féminisme extrémiste qui tend à voir toutes formes de masculinité comme toxique. Le récent article de l’American Psychological Association est affligeant. La publicité Gillette l’est encore plus.


Quel est ton rôle en tant que membre de la commission du Fonds d’aide au Jeu Vidéo du CNC ?
Je fais partie d’une commission qui octroie des fonds d’aide à la création de jeux vidéo. J’examine les dossiers et je donne mon avis avant de passer au vote pour voir si le projet est financé en totalité, en partie, ou rejeté car il n’apporte rien d’original. Les décisions sont collégiales et il faut recueillir une majorité de votes pour recevoir une aide.

Comment as-tu fait pour devenir rédactrice en chef pour Dofus Mag de 2007 à 2011 puis d’IG Magazine de 2009 à 2013 ?
J’ai écrit des articles pour AnimeLand et de fil en aiguille j’ai rédigé un hors série sur Dofus. C’est ainsi que j’ai rencontré les fondateurs du jeu et qu’ils m’ont proposé de créer des magazines dans leur société. C’est un pur hasard et je suis très consciente de la chance que j’ai eu.

Comment a réagi ton entourage à ton arrivée dans le jeu vidéo sur un magazine indépendant ?
En fait, je n’en sais rien. D’une part, je ne prête pas beaucoup d’attention à ce que peuvent penser les gens lorsque je fais quelque chose qui m’intéresse. D’autre part, les gens qui me connaissent savent que je suis relativement éclectique.

Y-a-t’il une place particulière à être une femme à la tête d’une équipe ?
Non. Je ne suis pas féministe et je ne pense pas qu’il y ait un quelconque plafond de verre empêchant les femmes d’avoir de meilleurs salaires. Il suffit de demander une augmentation et d’avoir les arguments pour l’obtenir. De même, il n’y a rien d’extraordinaire dans le fait de diriger une équipe. Comme tout le monde, j’ai sans doute fait des erreurs car être en position de manager change les rapports de force et les relations entre les gens. Mais il n’y a vraiment rien de spécifique au fait d’être une femme et d’être à la tête d’une équipe. Que l’on ait un vagin ou des testicules, l’important est d’être compétent.

Quelle est ta méthode de travail (ou tes astuces) pour dénicher autant d’interviews originales ?
Harceler gentiment les gens ? J’aime énormément les valeurs prônées dans les mangas du Shônen Jump. Je ne me souviens plus exactement de la citation mais dans Shokugeki, un personnage expliquait que la seule différence entre le héros et les autres concurrents réside dans le fait que le héros n’a jamais abandonné.

Cite un jeu indémodable (ou ton préféré) et pourquoi ?
Final Fantasy Tactics restera à jamais mon jeu préféré même si Zelda III et Breath of Wild le talonnent de près. Pourquoi ? C’est tout simplement un jeu avec un scénario génial, un gameplay élégant, une musique émouvante et des graphismes à tomber.


Quel est ton meilleur et ton pire souvenir dans ta carrière ?
J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de développeurs géniaux dont Aonuma. Mais je reste particulièrement fière d’avoir croisé Nobuteru Yûki car ce character designer était l’un des mes dessinateurs favoris quand j’ai commencé à m’intéresser à l’animation japonaise. Je crois que l’un des mes premiers articles était son portrait.

Peux-tu expliquer l’écriture et la publication de ton livre, Indie Games ?
Indie Games est avant tout un beau livre né dans l’esprit de Julien Lemaître, gamer averti et chef de fabrication chez Bragelonne. L’idée était de mettre beaucoup d’images de jeux pour montrer la qualité esthétique des jeux. Il m’a proposé d’écrire des textes sur le sujet pour accompagner les images. Au final, j’ai écrit beaucoup de textes et cela s’est transformé en une longue présentation de l’histoire du jeu indé, du processus de création, des galères rencontrées par les petits studios, des métiers spécifiques concernant le graphisme et le sound design.
J’ai eu l’occasion d’interviewer plein d’artistes par Skype et avec des décalages horaires plus ou moins importants. Je voulais partir de leurs témoignages au lieu d’imposer une vision théorique de ce qu’est le jeu vidéo indépendant. Je pense que les gens ne sont pas bêtes et qu’ils n’ont pas besoin d’un sociologue pour « dévoiler » la super structure expliquant le fonctionnement des relations de production. Il suffit de leur donner la parole et ils expliquent très bien comment cela se passe, quels sont leurs doutes ou leurs certitudes. Du coup, mon livre n’est pas un recueil de théories sur le jeu vidéo mais une série de récits et d’histoires vécues par les développeurs indé.
Ce qui m’intéresse, c’est de montrer comment des individus ont pu profiter des opportunités offertes par les nouvelles technologies et le développement de nouvelles plateformes de distribution pour vivre de leur passion pour le jeu vidéo. Le livre est en quelque sorte une ode à l’inventivité humaine quand elle n’est pas restreinte au sein de grandes structures (entreprises privées ou institutions gouvernementales).


Enfin, un conseil pour ceux et celles qui voudraient faire carrière dans le jeu vidéo ?
N’abandonnez pas. Il n’y a pas de méchant patriarcat, de vilains capitalistes ou de fourbes racistes vous empêchant de faire ce que vous voulez dans la vie. Les sociétés occidentales offrent à chaque individu une liberté et une égalité des chances jusqu’ici inégalés. Il n’y a que vous et les conséquences de l’ensemble des décisions bonnes ou mauvaises que vous avez prises. Donc prenez vos responsabilités et n’abandonnez pas.

 

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Interview de Bounthavy : “N’abandonnez pas !”
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