Voici un nouveau portrait à l’occasion du Mois des joueuses ! Nous vous présentons Siam, professionnelle de l’industrie du jeu vidéo depuis près de 10 ans.

Salut ! Pourrais-tu te présenter ? 

Salut, je m’appelle Saïda, mais les gens m’appellent Siam. Je suis productrice associée à Dontnod Eleven, je travaille dans le jeu vidéo depuis près de 10 ans maintenant et je suis cofondatrice de l’association RIJV (Rassemblement Inclusif du Jeu Video), pour plus d’inclusivité et de diversité dans notre industrie.]

Imagine le jeu vidéo comme une planète, comment tu la décrirais ?

Si le jeu vidéo était une planète, il y aurait des continents entiers de jeux ! Un vieux continent, avec des jeux aux mécanismes que tout le monde connaît, jeux de plateforme, de shoot, d’aventure, de rôle. Les ancêtres, les clônes, les remakes, les évolutions, les consoles de salon. Il y aurait un nouveau continent, avec la nouvelle vague : les jeux indépendants, les idées nouvelles, les ARG, les jeux sur mobile, les jeux sur navigateur. Entre les deux, des îles peu peuplées, avec des machins archaïques qui n’ont jamais vraiment « pris » comme les jeux asynchrones via forums ou les jeux de société retranscrits tels-quels. Il y a aussi un petit continent avec les jeux de niche pour adultes. On y vient que par bateau et on doit avoir 18 ans ! Il y a aussi tout un continent de jeux bizarres. Des expériences musicales, visuelles, artistiques. Celui-ci est peuplé d’élitistes un peu fous.
Entre tout cela il y a des océans d’échecs et des mers de jeux pas finis, parfois il arrive que des marins entendent des cris et de la musique sous les flots. Voient des lueurs scintiller entre les vagues. Mais ce ne sont que des légendes…

Comment expliquerais-tu ton métier aux personnes qui ne jouent pas aux jeux vidéo ?

Le métier producer est facile à décrire : on me donne la direction créative d’un projet (par exemple, « Siam, je veux un jeu qui se passe dans un monde composé de nuages, il y a deux factions ennemies: des zombies qui jouent au ping pong et des vampires qui veulent monter un groupe de rock »), un budget et une durée (« tu as 2 millions d’euros et un an »), et moi je dois me débrouiller pour monter une équipe, découper ces directions créatives en tâches et faire que le jeu soit terminé avec le budget et dans les temps. C’est un métier où il faut savoir mettre sa propre créativité en berne pour être au service de l’entreprise. Que tout le monde ait de quoi bosser, que tout le monde sache ce qu’il a à faire et pour quand, que tout le monde soit conscient de son apport et de son importance au sein de l’équipe. Ca c’est la théorie. En pratique, je cours partout comme un poulet sans tête, toujours en retard et essayant d’éteindre les départs d’incendies. Le budget et le temps font toujours défaut. Recruter est perpétuellement un casse-tête. C’est un métier où il faut avoir beaucoup de confiance en soi et pouvoir encaisser un maximum, car quand un projet va bien, c’est « normal ». Par contre quand ça part en cacahuète, c’est forcément la faute de la prod ! C’est presque un sacerdoce, une vocation. J’adore ce job !

Parle-nous du RIJV : pourquoi était-ce important pour toi que de contribuer/monter cette initiative ?

Le RIJV, c’est parti d’un constat assez simple, voire simpliste à la base : il n’y a pas assez de diversité représentée dans les studios de jeux. Pour parler crûment, il y a une écrasante majorité d’hommes blancs hétéro… la conséquence est que des personnes non issues de cette majorité ont du mal à se sentir légitimes à venir travailler dans cette industrie d’une part et que les jeux crées par et pour cette majorité ne font qu’entretenir un modèle dominant. Concrètement, l’idée de l’asso est de montrer que venir travailler dans le jeu vidéo c’est cool, possible, positif. Que coder est accessible à tout le monde. Que si l’on se regroupe on est plus fort.es… Moi je suis pas un leader, je suis gauche et incapable de parler en public sans me liquéfier. Par contre, quand il s’agit de porter la voix des gens sans voix, je suis capable de tout. Mais toujours de manière positive, constructive et la plus inclusive possible. L’asso est toute jeune et très prometteuse. Notre structure est collégiale et notre fonctionnement très horizontal : on écoute et on construit. Pour le moment nous en sommes au stade d’idées, de projets et de consolidation.

Quels sont vos objectifs à moyen ou long terme ?

Notre objectif à court terme c’est d’être sûr.es que nous sommes légitimes et que l’industrie et surtout les personnes dedans – ou qui veulent y entrer – ont besoin de nous. A long terme, nous serons une entité de soutien à des projets lancés dans le respect de notre charte. Logistique, mentorat, conférences, ateliers, recherche, montage de projets inclusifs, nous sommes ouvert.es à toutes sortes de choses. On en reparle très bientôt !

As-tu quelques conseils pour une personne qui aimerait se lancer dans l’entrepreneuriat JV en France ?

Pour quelqu’un qui veut monter sa structure, je dirais qu’il vaut mieux avoir fait ses armes dans des boîtes pérennes en tant qu’employé pour commencer. L’administratif, la gestion du quotidien, des aides, du budget va vous prendre tout votre temps et vous serez frustré.es si votre but était la création de jeu. Je sais qu’il est difficile aujourd’hui de commencer à travailler sans aucune expérience, mais il est encore plus difficile de monter une entreprise, plus dangereux aussi.
Sachez que vous allez perdre tout votre argent (ou celui de vos parents), que vous n’allez pas en gagner avant au moins 3 ans si vous tenez jusque là.
Si vous êtes tout de même très motivé.e et n’avez pas peur de vous retrousser les manches, il faut d’abord analyser le marché et trouver votre « niche ». Trouver un public avant même d’avoir fait un jeu. Cela paraît étrange, mais je compare cela souvent à un boulanger qui s’installe dans un village où il y a déjà 3 boulangeries et pas de bar : il vaut mieux ouvrir un bar ! Bonne chance en tous cas, il y a encore tellement de jeux à faire !

Un dernier mot ? Un message à faire passer ?

Tout va bien se passer. Keep calm and make games.

 

Merci à Siam ! D’autres portraits arriveront dans les prochains jours, pour vous présenter les adhérentes de Loisirs Numériques et les professionnelles de l’industrie du jeu vidéo.

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Portrait : Siam, Productrice associée à Dontnod Eleven

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